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08/12/2009

Le citoyen, acteur de son racisme

« Le Soir Magazine » a commandé un sondage qui prétend que 6 belges sur 10 seraient contre la construction de minarets.

On se demande bien quel est l'intérêt de poser une question aussi binaire et aussi peu révélatrice de la pensée des belges. A mon avis, il ne s'agit ni plus ni moins que de xénophobie puisque, les chiffres le montrent bien, les populations qui ont reçu la plus grande éducation à la tolérance - les jeunes - sont ceux qui y sont le moins oppposés, par exemple. Personnellement, les minarets en tant que tel ne me pose absolument aucun problème. Il ne s'agit pas ici de pointer du doigt telle ou telle population, mais bien les confronter à leurs opinons.

D'un côté, moi et d'autres (d'origines variées), adeptes au moins en partie de la culture occidentale héritée d'une histoire particulière, mais surtout acteur au jour le jour d'un mode de vie qui n'est pas toujours parfait, qui souvent manque de sens, mais qui a le mérite d'être rattaché à certaines valeurs comme l'égalité, du moins dans la théorie et souvent appliqué tant bien que mal dans la pratique. De l'autre, certains étrangers qui rejettent nos valeurs les plus basiques, soit par ignorance, soit par opposition, et même souvent par racisme. Le point commun entre nous tous ? Le racisme, cette pensée tellement humaine et qui pourtant a pu être la cause de drames historiques terrifiants.

Je crois qu'au vu de l'histoire, il est indéniable que cette tare inscrite en chacun de nous doit être combattue. C'est pourquoi même si je peux comprendre l'inquiétude grandissante au sein de notre population vis-à-vis de l'immigration en général, et plus particulièrement des musulmans, je refuse de nommer ce phénomène par une appellation autre que xénophobie. Il faut avoir le courage de nommer les choses par leur nom, même si une grande partie de la population pourrait se sentir insultée.

L'insulte n'est certainement pas le but de ces propos. Le but de ces propos est de faire comprendre à chacun d'entre nous que nous sommes tous des humains. Toutes nos idées sont toujours le fruit d'une généralisation abstraite à partir de faits que nous observons d'une manière ou d'une autre. Il n'est donc pas étonnant que nous portions TOUS (à l'exception d'êtres exceptionnels) une part de pulsions racistes. Le processus qui fait passer ces pulsions en théories racistes est le centre de cette réflexion.

Je tiens à préciser à ce stade du développement que je parle de l'ensemble des humains. Il n'est pas question de viser spécialement telle ou telle population. Toutes sont visées. Si nous voulons un jour atteindre un mode de vie satisfaisant pour tout le monde, il faut forcément que chacun s'implique plus dans son rôle de citoyen. De même, si nous voulons que l'entente entre chacun soit plus cordiale, il faut réduire la fracture qui oppose les différentes communautés de ce pays.

Cela passe par un changement radical de la politique antiraciste qui n'atteint d'une part plus ses buts, et qui d'autre part est totalement déphasée avec la réalité. Si je parlais de citoyenneté un peu plus haut, c'est précisément parce que je crois que l'antiracisme doit se refonder autour de cette notion. Le racisme ne vient pas tout seul, il est souvent la cause de faits mineurs, mais qui à la longue vont forcer la personne concernée à créer un amalgame par le phénomène de répétition-persuasion. Quand monsieur X voit tous les jours son voisin déchirer littéralement les poubelles de la rue, il aura du mal à la longue à se persuader que ceux qui ressemblent à son voisin d'une manière ou d'une autre sont différents de lui. Quand monsieur Y voit tous les jours à la télévision, des témoigages d'hostilité à sa communauté, il aura du mal à percevoir que tout le monde n'est pas contre lui.

Tout ce qui fait augmenter le racisme, et donc la fracture dans la société doit être évité dans la mesure du raisonnable. Faire ce sondage ridicule dont les questions ne pouvaient mener à aucune conclusion intéressante est donc d'une bêtise incommensurable. La personne qui a pris la décision de commander un tel sondage est maintenant responsable d'avoir encore un peu plus envennimé les choses, augmenter le sentiment de rejet des musulmans de Belgique. Bref, il vient de violer mon principe basé sur la citoyenneté uniquement pour faire exploser les ventes de son torchon. C'est un acte d'incivilité au même titre que le jeune qui insulte la moitié des passants de "fils de pute", ou la personne qui déchire les poubelles dans la rue. Incivilité qui provoque du racisme.

Dans ce modéle d'antiracisme, on change complètement d'approche. Il est souvent repproché à l'antiracisme de pratiquer une politique victimaire. Dans ce nouveau modèle, chacun doit prendre sa part de responsabilité, et la politique antiraciste ne cherche plus alors à pointer du doigt, à traîner dans la boue légalement et avec l'appui de la justice les gens qui vont trop loin dans les discours. Mais cherche plutôt à éduquer, à faire prendre conscience à la masse qu'elle est responsable de son devenir. La politique ne peut pas contraindre quelqu'un à penser autrement, elle peut par contre agir sur les mentalités par des biais détournés.

Cette politique antiraciste nouvelle chercherait à combattre les deux extrêmes que sont les communautaristes qui s'enferment dans leur monde sans prendre en compte les citoyens d'origines différentes de la leur (en gros le communautarisme extrême), et les personnes qui demandent trop au niveau de l'intégration, qui voudrait que l'on homogénise à un degré démesuré la société dans son ensemble (voir différence entre intégration* et assimilation**). L'antiracisme devient un peu l'analogue des partis démocratiques qui rejettent fermement les deux extrêmes que sont les thèses d'extrême gauche totalitaire, et celles d'extrême droite violentes, racistes, et bêtes. Elle se positionne au centre, cherche un équilibre entre liberté et cohérence sociale nécessaire au bien être de chacun.

Qu'en pensez-vous ? (la suite très prochainement)

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* L'intégration, en sociologie, est un processus de rapprochement entre une personne, ou un groupe de personnes, et un autre groupe de personnes plus vaste. Ce terme fait souvent référence à l'intégration des personnes immigrées ou issues de l'immigration.

** L'assimilation culturelle est une forme extrême d'acculturation, au cours de laquelle un individu ou un groupe abandonne totalement sa culture d'origine pour adopter les valeurs d'un nouveau groupe. Celle-ci n'est qu'une des phases possibles de l'acculturation et, si elle se réalise, elle n'en sera que la phase terminale.

Commentaires

visite de courtoisie. par des voies différentes, nous arrivons à une même conclusion, c'est au travers de la conscientisation politique (au sens large: conscientisation qu'il nous faut vivre ensemble) qu'il faut chercher consensus. C'est là l'INTER dans el mot "interculturalité", et c'est cet INTER qui doit être défini et affirmé avec force, et sans le laisser grignoter de plus en plus par les culturalités; car nous n'avons pas, nous belges, d'identité nationale, d'histoire, de mythologie; nous n'avons qu'une chance contre els communautarismes (y compris flamands-wallons), c'est de parvenir à définir un projet fort. Il ne le sera que s'il est ambitieux. En somme nous capables? nous , citoyens, peut-être. Quant à ceux qui nous gouvernent, j'en doute...

Écrit par : pamina | 09/12/2009

Merci Pamina pour votre visite...

Ben, je suis d'accord dans un sens avec vous. Mais citoyen, ce n'est pas que s'investir politiquement (au sens large). Le combat du citoyen se vit au jour le jour dans sa vie propre en acceptant de prendre ses responsabilités d'adulte et en se mêlant de ce qui ne nous regarde soit-disant pas.

Écrit par : Siko | 11/12/2009

Connaissez-vous les positions de la franco-algérienne Malika Sorel sur "Le puzzle de l'intégration" ?
http://luette.free.fr/spip/spip.php?article159

Le puzzle de l’intégration. Présentation de l’éditeur 1001 nuits.

On soutient souvent que les problèmes d’intégration des populations issues de l’immigration seraient en grande partie imputables au passé colonial de la France et au traitement inéquitable que leur réserverait le pays. Ces explications fort attrayantes ne résistent pas longtemps à l’analyse de la situation d’autres pays : les nations occidentales sans passé colonial qui ont adopté les politiques de discrimination positive et d’immigration choisie connaissent le même échec.

Nous aurait-il manqué des pièces pour appréhender le puzzle de l’intégration ? En France, parce qu’il est toujours de bon ton de transposer les modèles venus d’outre-Atlantique, une partie de nos femmes et hommes politiques semblent pourtant prêts à céder aux pressions de quelques lobbyistes et à adopter la discrimination positive. Des médias, des écoles prestigieuses, de grandes entreprises ne montrent-ils pas déjà la voie ?

Malika Sorel nous met en garde contre les dangers de ces politiques qui menacent sérieusement notre cohésion nationale. Sans concession pour les uns ni pour les autres, elle expose les logiques communautaristes, à rebours des principes républicains, qui ne cessent d’exacerber les malaises identitaires. Elle aborde aussi une question taboue, mais qu’elle estime être cruciale : le droit du sol constitue-t-il un atout pour les enfants de l’immigration ou, au contraire, une entrave dans leur parcours d’intégration ?

Écrit par : Francis Grunchard | 15/12/2009

@Francis
Non, je ne connais pas. Je vous remercie pour votre commentaire et je vais m'intéresser de ce pas à cette femme.

Mais, justement ce que je prône, c'est un équilibre bien centré qui refuse et même qui condamne les revendications particularistes qui sont aussi une forme de racisme. On ne peut pas non plus tout gommer dans la culture étrangère, il faut en accepter une part. Toute la question étant de savoir où se situe le centre qui permettrait de satisfaire le plus grand nombre (sachant qu'il y aura toujours des mécontents).

D'autre part, les communautarismes ne sont pas uniquement le fait d'étrangers. Quand on voit certaines populations bien belges (d'origine quoi), il est indéniable qu'elles forment elles aussi des communautés revendiquant certaines choses, et surtout refusant le mélange (je pense à certaines communes bourgeoises). Chacun doit prendre sa part de responsabilité, et chacun doit faire un petit pas vers l'autre si on veut arriver à une société un peu plus cohérente. Les provocateurs doivent être conscients qu'ils sont des prêcheurs de racisme. Et je ne me gênerai pour leur signifier. Même si rien ne sert d'insulter. Juste faire prendre conscience que nous sommes tous responsables de notre destin commun.

Écrit par : Siko | 15/12/2009

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